Ambiance.

Publié le par ketamine

En cette veille de vacances, Jurassic Park respire la bonne humeur, le plaisir de travailler et la joie de vivre.

 

 

 

 

 

 

Non, j'déconne.

 

 

 

Fatigue, ras-le-bol, stress sont les maître-mots du jour. Ambiance cour de maternelle, débat politique américain, veillée funèbre. Bref, tout le monde s'engueule, se reproche des trucs, se lâche. Et j'étais pas au courant, mais il semble que c'était la Sainte-Erzébeth aujourd'hui. Ou alors c'est mon sevrage forcé (médocs oubliés à Petite-Ville-de-Province) qui me rend parano, je sais pas.

 

Ca commence avec le retour du sujet qui fâche : les conseils de discipline et les sursis des élèves frappeurs-étrangleurs de profs et CPE. Une fois de plus, la salle des profs est divisée. Personnellement j'ai plutôt tendance à être du côté de ceux qui sont choqués par les décisions du conseil, mais comme on m'a si bien dit, si je voulais donner mon avis, j'avais qu'à ETRE AU CONSEIL D'ADMINISTRATION. Ben voyons, plutôt mourir que de m'investir dans un truc comme ça à Jurassic Park.

 

Ca continue aux alentours de 11h, où j'ai la responsabilité de surveiller une salle de 4e en devoir commun avec un prof de balle en mousse. Je m'absente cinq minutes pour aller aux toilettes, sur le chemin du retour je croise l'agent K. qui me demande si mes gamins sont surveillés. En fait c'était pas ça, mais c'est ce que j'ai compris sur le coup. Et l'agent K m'agace. J'ai toujours l'impression qu'il m'agresse quand il me parle. Irritée je lui lance sans le regarder "non, non, je les ai laissés seuls" et retourne vers ma salle.

 

A midi, je passe dix minutes à vérifier toutes les copies, à les classer par ordre alphabétique, à vérifier que la liste d'émargement est à jour, à recopier tous les noms des absents sur le procès-verbal de surveillance, à tout signer, à tout bien faire. Je vais ramener mes copies au secrétariat. Mais j'sais pas, doit y avoir écrit "débile et pas sérieuse" sur mon front.

 

- Hey dis Erzébeth, t'aurais pu au moins écrire les absents sur la feuille !

- Ils sont écrits, là. 

- Ah oui. Et ça c'est signé ?

- Oui. Là.

- Ah oui. Bon, aide-moi à les ranger par ordre alphabétique, c'est n'importe quoi ça, le premier de la liste c'est Kévin Abracadabra, c'est pas Jennifer Argentina !

-C'est classé. Abracadabra était absent, donc la première c'est Argentina. Autre chose ?

- Euh. Non, mais c'est écrit nulle part qu'Abracadabra est absent ! 

- Non, zut, même pas sur la FEUILLE OU J'AI ECRIT LES ABSENTS ?

- Ah oui, okay. 

 

Ben voyons.

 

 

A 12h15, je sors dans la cour retrouver le prof de balle en mousse qui a oublié quelque chose dans la salle. L'agent K me tombe dessus. 

- Hey Madame Erzébeth, il s'est passé quoi ce matin, je t'ai demandé un truc et tu m'as envoyé bouler. 

- Ecoute, à chaque fois que tu me parles, j'ai l'impression que tu me prends pour une débile."Les élèves ne doivent pas aller à l'infirmerie" "le carnet de machin il est où?" "Et pourquoi cet élève il est exclu ?" Je suis désolée hein, mais je connais encore mon métier. 

- Ouais bah non, je te demandais un REN-SEI-GNE-MENT sur qui surveillait la salle avec toi, je ne te reprochais pas d'être sortie, tu fais ce que tu veux. Si tu as un problème avec moi, tu m'en parles.

- Bah non, y a PAS DE PROBLEME. (enfin presque pas) (en fait, je crois que c'est sa façon naturelle de parler, qu'il agresse personne, mais c'est bizarre)

 

Moi, tendue ? Noooon. 

Mea Culpa, agent K. Je crois que je suis fatiguée. 

 

A midi, cantine. Une agent me tend mon assiette en me disant :

- Madame Erzébeth, hier les chaises de la salle 666 n'était pas rangées sous les tables, et il y avait des papiers par terre, ça ne vous ressemble pas, hein, je ne comprends pas.

- Non moi non plus. Bonne journée. 

 

Hier j'étais en salle info, j'ai pas mis les pieds dans la salle 666. Mais j'ai même pas envie de me justifier.

 

 

 

Grande mode du moment, on fait des rapports et on se plaint au chef dès que quelque chose ne va pas avec un collègue. Ambiance. 

 

A 13h, une collègue de théâtre slovaque vient me voir.

 

- Erzébeth, ça va pas du tout, je viens d'aller voir la direction. La salle 666 c'est bien celle où tu étais ce matin ?

- Euh, oui.

- Et bien le tableau était pas effacé, il y avait un papier par terre et la fenêtre était ouverte.

- Et... ?

- Et bien, c'est n'importe quoi, plus personne ne fait d'effort dans ce collège, moi j'en ai marre de nettoyer et réparer ce que les autres ne font pas, je suis allée en parler à la chef. 

- Super. C'est génial que tu sois venue me le dire avant madame Chef.

 

Débile et pas sérieuse, je vous dis...

 

Plus tard j'ai été témoin de plusieurs engueulades équivalentes. Puis je ne parle pas de la discussion houleuse entre surveillante jolie et le prof d'origami, ni du sujet de l'épreuve de cuisine moléculaire qui a déclenché la rébellion générale des 5e (ouais ceux qui sont relous, et qui disent que Madame Montparnasse a mérité sa gifle car elle était trop mal habillée ce jour-là). Parce que les profs de cuisine moléculaire ne sont pas fichus de discuter pour se mettre d'accord sur un sujet qu'ils auraient tous vus, la moitié des élèves n'avait aucune idée de ce qu'on leur demandait dans le devoir... 

 

Les profs d'austro-hongrois ne sont pas fichus de discuter non plus, en fait. Certains sont actuellement en voyage scolaire. Voyage dont je n'ai pas connu l'existence jusqu'au départ. Après deux ans dans le bahut, j'apprends aussi que ces mêmes profs travaillent sur un atelier de danse austro-hongroise au collège et qu'ils organisent un spectacle. Bien. NORMAL.

 

 

 

Vivement qu'on se casse de là. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans école

Commenter cet article

magali 12/04/2012 21:57

C'est clair que sans travail ni cohésion d'équipe, rien ne pourra marcher...Bon courage à toi, tu ne mérites pas cette ambiance de boulot. Tellement de choses pourraient être faites pour ces
élèves, mais chacun dans son coin, ce n'est pas possible.