Histoire de Look

Publié le par ketamine

(Hahaha, je tiens ma revanche sur Educator, maintenant quand quelqu'un tape "educator jennifer kevin" dans Google, il tombe sur MON blog. Je me marre. T'as 3 ans de blog et moi 3 semaines et je te dépasse déja sur Google mon grand ;) )

 

Bon. Pendant les vacances, à part publier deux trois articles déja pré-écrits j'avais pas grand chose à dire. Donc  je me suis posé LA question, enfin LES questions : Pourquoi je blogue ? Est-ce que j'ai vraiment envie de bloguer ? Est-ce que j'en ai vraiment besoin finalement ?

 

Un jour de cours a suffi à me donner toutes les réponses : Parce que t'as besoin de parler. Oui tu en as vraiment envie. Oui tu en as vraiment besoin. Un jour ordinaire à Jurassic Park mais suffisant pour qu'à la fin de la journée je me pose réellement la question : Mais qu'est ce que tu fous là ? 

En attendant de pouvoir quitter ce foutoir, je dois bien vivre avec encore huit mois et exorciser tout ça. 

 

La rentrée de la Toussaint est la plus redoutée. La période Toussaint-Noel est la plus difficile. L'an dernier, à cette époque, j'ai fait mes premiers conseils d'avertissement, subi les premiers gros conflits avec les élèves, les premiers conseils de discipline, j'explique pas, ils se sentent plus à l'aise, confiants, n'ont plus peur de rien et font les plus grosses conneries.

 

Bref. Rentrée aujourd'hui. Pendant les vacances, je suis passée chez mes coiffeurs-trop-hype-branchés qui font des couleurs qui tuent la mort, et j'arbore un magnifique rouge vif "flamboyant et lumineux" (ce ne sont pas mes mots), le truc qui se voit à 500m dans le noir au milieu d'une foule. Oh lala qu'est ce que j'ai pas fait.

 

- HAN MADAME VOUS AVEZ LES CHEVEUX ROUGEEUH ! (Non, c'est vert, banane)

- WAAAH Z'AVEZ REFAIT VOTRE TEINTURE ? (ils utilisent ce mot, uniquement, "teinture" moi ça me fait penser à ce qu'on utilise pour colorer des tissus, enfin passons..) 

- C'EST ROUGE ! ROUGE ! ROUGE ! (en criant, en passant loin de moi ou à l'autre bout du couloir, vous avez reconnu bien sûr les élèves de la 5e Armageddon adaptée et spéciale)

Tout est en majuscule parce que dans mon collège un élève, ça ne parle pas, ça hurle.

 

J'ai les cheveux rouges depuis longtemps, ils étaient juste un peu plus foncés avant les vacances. Et quand seulement une collègue sur les vingt-cinq croisés ce matin me fait remarquer que j'avais "fait quelque chose à mes cheveux", les autres s'en foutant complètement (Sauf Educator, qui a apprécié, évidemment.) Les élèves eux, voient tout de suite le changement, même le plus infime. Bon OK j'avoue c'est TRES rouge cette fois-ci, et disons qu'à Saint-Trululu-du-Neuf-Trois ils ont pas vraiment l'habitude.

 

Mon look là bas ne se fond pas vraiment dans le paysage. Il ne se fond pas vraiment dans un collège non plus. Mais bon, sans mon look, je ne suis plus moi.  

 

Je suis passée par presque tous les looks pseudo-punko-gotho-rocko-rebelle depuis le lycée.

- Le look grungy jean troué-T-Shirts de groupes (et blonde platine Courtney Love-like, en moins vulgaire, quand même) au début du lycée

 

-Le look gothique romantique, longue jupe, grandes robes, longues manches pas du tout pratiques, maquillage noir et rouge foncé, cheveux blonds puis rouges vifs.

 

- J'ai frôlé le look "péruvien" en première année de fac. Ce que j'appelle le look péruvien (que Boyfriend mon chéri informaticien appelle le look "fac de lettre") c'est le look baba-cool, teufeur, sarouel, grande écharpe, bonnet péruvien, sac à dos et hop je pars visiter le Perou et le Népal, et fumer des gros buzz en écoutant Tryo. Bon je n'ai fait que frôler en fait, mais en même temps j'étais en fac de langue (lettres, c'est pareil), et donc sur mon baggy XXL en jean, mes Van's de fausse skateuse et mon T-shirt Placebo/Nirvana/Nightwish/Metallica (Rayez les mentions inutiles) j'avais une grande ECHARPE EN LIN rouge TROP TOP PERUVIENNE. Epoque de catastrophe capillaire, des rouges mal foutus, des rouges home-made, des roux-orangés qui tournaient citrouille, je n'ai pas poussé le vice jusqu'à utiliser du henné mais ça aurait pu.... 

 

- Je pars vivre un an dans la capitale de l'Empire Austro-Hongrois, je découvre la créatriceMargaret Cupcake , ses tartans punky, ses robes destructurées, ses chaussures à plateforme en bois, et les uniformes d'écolières austro-hongroises so fun à détourner (bon ok.. je trompe plus personne avec mon Autriche-Hongrie, mais continuons à faire comme si) J'ai les cheveux roux, et unlook punky-gentil / doc martens / jupe écossaise / collants résilles.

 

- La bas, c'est aussi le paradis du vêtement gothique, je me fournis d'abord pour des soirées en corsets-plateformes-minijupes en vinyl, que je commence à mixer avec des vêtements plus basiques, des collants rayés, des résilles, je me fais les cheveux noirs corbeau (souvent méchés avec du rouge, du rose, des extensions...) et je rentre en France avec le look Beetlejuice-Tim Burton, badges Nightmare before Christmas, sac en fausse fourrure noire... Je porte corsets et bustiers quasiment tous les jours, et je ne sors jamais sans une botte trente trous à lacets (15 min pour les enfiler !) ou 15 cm de plateforme (ou ça aussi) J'ai un piercing sous la lèvre, plusieurs sur l'oreille gauche.Tous mes amis de l'époque étaient comme ça. Bon j'avais quand même 21 ans. Je faisais des études sérieuses et j'allais commencer l'IUFM.

 

- Je débarque à l'IUFM et prépa-CAPES avec mon look Beetlejuice, qui chemin faisant, s'adoucit un peu. J'ai pas envie de passer pour un extraterrestre à la fac, je garde les plateformes pour les soirées et ressors mes docs un peu plus passe-partout. Enlève les mèches roses. Par contre je continue à m'habiller en noir, je le fais depuis des années et je n'arrive pas à passer à autre chose. Malgré mes "efforts", je suis catégorisée directe. "La fille bizarre" "la gothique" "celle qui aura pas le CAPES c'est sûr". Dans vos dents les amis, je me suis "déguisée" le jour du concours. Teint en chatain foncé plutôt que noir, chemisier bordeau, pantalon noir, petits talons. Piercing enlevé, démaquillée de l'épaisse couche de noir sur mes yeux, ils n'y ont vu que du feu.

 

- La première année, j'ai remis le piercing, mais vraiment fait un effort. J'ai acheté des tenues "sérieuses", vestes de tailleur, pantalons noirs, bottes à talons, petites chaussures qui font mal. Ca m'a fait marrer de "jouer à la prof", d'avoir un look sérieux la semaine et totalement décalé le week-end, et j'avais l'impression que ça me rendait plus crédible au collège. Les jours de formation par contre, je remettais jupes, bijoux à petites pointes (discrets, je vous jure) et doc martens. Ce qui, un jour où je parlais de mon problème d'autorité face aux classe, m'a valu un très beau "Levez-vous. Vous avez vu comment vous êtes habillée aussi ?" de la part d'un formateur. Très classe. 

 

Puis un jour je rencontre les coiffeurs-hype-branchés (qui sont devenus des amis), qui me font une coupe rock'n roll à la Tigi  noir et mèches rouge foncé. Ca fait des années que je n'ai pas fait du rouge, et je me rend compte que c'est ça que j'aime. Et que c'est ça que je suis. Je n'aime pas l'ordinaire, je n'aime pas paraître "classique", que même si je dois m'habiller correctement, mes cheveux eux, seront funky. 

 

- L'an dernier j'arrive à Jurassic Park, je me déguise en prof pas longtemps, juste le temps de tâter le terrain avec les élèves, la direction et les collègues. De toute façon c'est tellement le bordel que personne ne dis rien. Alors je me lâche. Je suis une fille à jupe, et Neuf-Trois ou pas, j'irais bosser en jupe (grosses fesses et longues jambes, la jupe est ce qui me va le mieux !) Avec une paire de collants opaques, même courte ça passe. Je m'amuse, je suis à l'aise, et je commence à aimer la mode. J'achète des petites robes noires (j'en ai à peu près deux douzaines) des bottes, des bijoux fantaisies, que je mixe avec des vestes "sérieuses" aux cols criblés des vieux badges Nightmare Before Christmas, ou des vestes en cuir ou blousons aviateurs, bref je crée mon look à moi, toujours autour du noir et rouge, toujours avec un petit détail rock'n roll. J'aime aussi le vintage et le faux vintage, les robes bien près du corps des années 50, les looks rockabilly, pin-up... 

 

De toute façon dans mon bahut, personne ne remarque comment tu es habillée. 

 

Sauf les élèves.

 

C'est un truc de fou. Le moindre détail, le moindre changement ils le repèrent. La minuscule épingle à nourrice épinglées sur mon blouson il l'ont vue. Le moindre piercing changé/déplacé/enlevé, ils l'ont vu. Ils font des remarques sur tout. La hauteur des bottes, couleur des converses (bon ok, rose Barbie), longueur de la jupe, couleur et coupe de cheveux... De toute façon, même au début, quand j'étais habillée en "prof", ils avaient repéré la seule minuscule originalité de la tenue : une bague formée d'une bulle en verre remplie d'un liquide rouge. Ce jour est né le célèbre : "Madaaaaaame y a quoi dans vot' bague ?" qui revient régulièrement dans la bouche des élèves, anciens ou nouveaux, connus ou inconnus (et de certains profs aussi..).

 

Cette histoire de bague, je l'ai raconté sur facebook à l'époque, et j'avais été un peu vexée par les commentaires d'un copain qui me disait qu'il fallait peut-être que je réserve certaines tenues ou bijoux aux weekend et que j'apparaisse le plus neutre possible face aux classes. Oui c'est vrai, ça serait plus simple. Monsieur C, l'homme qui donne des conseils, dit la même chose, ne pas les distraire davantage avec des détails voyants. Mais ça serait pas moi. Et de toute façon ils trouveront TOUJOURS quelque chose sur quoi détourner leur attention, même si j'arrive en tailleur gris austère, ils trouveront un truc à dire. Et je préfère qu'ils soient distraits par une montre rose fluo, plutôt qu'ils me trouvent chiante et sévère. Je ne le suis pas dans la vie, je ne le serais pas au boulot. 

 

Ce travail permet quand même d'être en accord avec sa personnalité, et de dépasser le costard-cravate du travail de bureau dont je ne voulais absolument pas. J'accepterais qu'on m'impose un uniforme, à la limite, mais je crois que je ne pourrais pas m'empêcher de le rendre un peu plus funky. 

 

Evidemment, avec un look pareil on a quelques anecdotes marrantes à raconter. D'abord, la première entrée dans une salle des profs (quand j'étais stagiaire, en stage de pratique accompagnée) dans un lycée Louis-Le-Grand-like, (où t'as une salle pour les certifiés, une salle pour les agrégés et profs de prépa !) et l'accueil sévère qu'on m'y a fait :

 

- Oui qu'est ce que vous voulez ?

- Je dois voir Madame ProfaLunettes.

- Elle est pas là, et de toute façon les élèves doivent attendre les professeurs dehors !

- Euh, non, je...suis la stagiaire.

 

La tête étonnée de Madame Profalunettes quand je l'ai rencontrée juste après. Les parents d'élèves aussi, rencontrés en réunion, ils me dévisagent en entrant, mais comme je parle quand même bien, ils oublient vite en général. Rencontrés individuellement, ils sont souvent très étonnés, j'arrive vers eux "Bonjour, j'ai rendez-vous avec avec vous", il y a TOUJOURS une hésitation, genre "vous êtes sure ? J'attend une prof en fait". D'autres qui m'ont pris pour la surveillante et me demande si je peux faire appeler Mme Erzebeth avec qui ils ont rendez-vous. 

 

Quand je rencontre des gens qui ne me connaissent pas, je m'amuse à leur faire deviner mon métier. Ce qui revient le plus souvent : Les métiers artistiques free lance (graphiste etc ), étudiante-c'est-pas-possible-t'es-trop-jeune-tu-travailles-pas, coiffeuse (bah merci hein...), illustratrice ou "un truc dans le dessin ou l'art", pierceuse ou tatoueuse (Je me marre) "en tout cas pas dans un bureau!"

S'ils ont entendu ou compris que j'étais prof, c'est souvent prof de gribouillage ou de chanson, mais finalement l'austro-hongrois arrive toujours très vite derrière "bah le look, les cheveux, les piercings. T'es pas prof de triangle-et-additions ! " (re-oui je sais, je trompe plus personne )

 

On (les gens importants en tout cas genre chefs) ne m'a jamais fait de remarques au boulot, j'assume mes jupes courtes et mes colliers Hello Kitty, j'assume ma crinière rouge et mon côté décalé. J'ose le collier tête de mort, les converses roses, les doc martens vernies. Je perd peut-être en crédibilité auprès de mes collègues, ou des parents, je n'en sais rien, et franchement je m'en fous. Moi je sais qu'à côté, être lookée ne m'a jamais empêchée d'être une bosseuse, d'avancer dans la vie, de passer mes exams, d'avoir un job et de le faire bien. Et sincèrement, si vous croyez qu'avec des profs habillés de manière plus classique les élèves bossent plus... 




 



 

 


 



 

 

Publié dans Perso + école

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Pukead 19/04/2012 19:31

"si vous croyez qu'avec des profs habillés de manière plus classique les élèves bossent plus... " Vous avez entièrement raison. Gardez le look qui vous représente. Etant moi même considéré comme un
"alien " (rien de bien méchant pourtant, j'ai juste les tifs plus long que la moyenne pour un homme, des T-Shirts un peu gore parfois...), je vous comprend totalement. A la différence, que je fais
un métier "non conventionnel" pour la plupart des gens et qui, comme vous l'avez cité dans l'article, est artistique. Là aussi, il y aurait des bonnes anecdotes à raconter d'ailleurs. Merci pour
votre article. A vous lire prochainement.

Nicolas