La loi de Murphy.

Publié le par ketamine

On appelle ça aussi le jour sans, la journée de merde, le coup du sort... 

 

L'enchaînement quasi-non-stop d'emmerdes tout au long de la journée. Pas de grosses, non, non, juste une petite emmerde, puis une autre, puis une autre, puis une autre... Jusqu'à ce que ça devienne franchement insupportable.

 

A 6h35 je rate mon bus. J'ai mis trop de temps à me lever, me préparer, à me maquiller, à essayer de camoufler au fond de teint des centaines de boutons apparus je ne sais comment pendant la nuit, à ne pas boire de café et à ne pas déjeuner (j'étais déjà trop en retard).

 

A 7h55 après avoir couru après deux RER et un bus, j'arrive au collège. A priori rien n'annonce une journée particulièrement pourrave. Mais :

 

- La photocopieuse est en panne. La photocopieuse de secours n'a plus de papier.

- L'intendance est fermée, donc on ne peut pas récupérer le papier.

- J'ai à peu près tous les cours de la journée à photocopier.

 

C'est pas grave, je me dépêcherai de photocopier à l'arrache à la récré de 10h, je vais en profiter pour remplir mes bulletins (la géniale période des conseils de classe, j'aime ça). Mais :

 

- Les PC sont tous occupés. (ouais, on en a trois pour soixante profs, huhu)

- Ceux qui occupent les PC... Non rien, je ne voudrais pas être désagréable avec les collègues qui lisent mon blog.

 

Bon je vais aller m'installer dans la salle 666, ma salle pour la journée. Mais :

 

- J'ai beau fouiller dans mon sac à main, mon cartable, toutes les poches de ma veste, impossible de trouver les clefs de la salle (certains apprécieront le fait que j'écrive "clefs" et non "clés"). J'ai du les laisser dans le sac que j'avais hier. (Ca m'apprendra aussi à avoir douze mille sacs.) (Mais soyons sérieux deux minutes, je ne pouvais pas décemment prendre un sac ROUGE alors que j'avais des chaussures ROSES, voyons.)

 

Ca veut dire que toute la journée, j'ai mendié à Eglantine (dans la salle d'en face, vous vous souvenez) qu'elle ouvre et ferme la porte à ma place. J'étais dépendante d'Eglantine. Sérieusement.

 

 

9h : Je commence le cours avec les 6e Jumanji. Des fois ils sont sympas, mais :

 

- Ils étaient surexcités.

- Ils sont rentrés comme des sauvages.

- Jennifer hurlait.

- Kévin et Kévin se défonçaient la tête à coups de règles.

 

Le cours a été douloureux. D'autant plus que pour une raison inconnue j'ai souffert pendant des heures d'une violente migraine et d'un étrange mal de dos.

 

A la récré, je sors faire mes photocopies. Toujours pas de feuilles, vais faire la queue à l'intendance. J'ai besoin d'un café, et j'ai toujours mes photocops en retard.

 

Dix minutes plus tard, j'ai envie de checker mon portable en attendant que le R2D2 géant se décide à cracher toutes mes feuilles. Mais :

 

- Mon portable ?

- Il est où mon portable ?

- PUTAIN

- KESKEJAIFAIT DE MON PORTABLE ???

 

Je suis légèrement paniquée.

 

Une fois j'ai retrouvé mes clefs dans les mains d'un élève. Une autre fois mon portefeuille. Alors je m'attends à tout.

 

Je remonte en courant dans ma classe. L'est pas là. Merde, l'est où. J'ai laissé la porte ouverte en plus, j'avais pas les clefs.

 

Peur. Grosse peur. Je retourne tout mon bureau.

 

Ouf. L'est là, sous un livre.

 

 

A 10h15 j'ai cours avec les 4e Wonderland. Les Gentils-Méchants. En fait, en général je les aime bien. Mais :

 

- Ils ont été intenables. Je sais pas, le printemps, la chaleur, le pollen...

- AUCUN d'entre eux n'avait son matos. Pas un cahier, pas un livre. Genre c'est les vacances, la fête du slip, la farandole des tongs.

- J'ai du retourner, en les laissant seuls en classe, devinez quoi... Faire des PHOTOCOPIES. Et oui.

 

 

 

A 11h, je cours en salle des profs pour chopper un PC, j'ai encore trois classes dont je n'ai pas fait les bulletins. Toujours pas de PC. Vais voir le niou-CPE, l'agent K (prononcez Kay). Il n'est pas dans son bureau, je le cherche, partout. J'ai pleiiiin de papiers à lui donner, pleiiiin de choses à lui dire, et toutes les figurines Batman d'Educator à récupérer.

 

L'agent K se volatilise souvent. Impossible de le voir. Tant pis, vais me faire payer un café chez la Section des Enfants pas tres Adaptés, Monsieur Chef est gentil. Mais :

 

- Oh Madame Erzébeth c'est un tel plaisir de vous voir, venez je dois vous dire quelque chose... Vous savez qu'il y a bientôt les devoirs communs pour les 5e ? Pourriez-vous s'il vous plait, puisque vous avez les 5e Pas Très Adaptés concevoir le sujet d'ici la semaine prochaine ?

 

Jusque la rien de grave. Mais :

 

- Une heure plus tard j'ai croisé Gentil Collègue qui m'a demandé de concevoir aussi celui des 6e.

 

(En fait, je n'ai pas pu participer aux premiers devoirs communs en décembre, car j'étais déjà en arrêt, il est normal que je m'y mette. Mais c'est pour râler.)

 

Entre midi et deux j'arrive à trouver un PC libre, j'entre moyennes catastrophiques et appréciations déprimantes. Le repas de la cantine est dégueu.

 

A 13h25 j'ai le sentiment de ne pas avoir eu une pause de la journée malgré seulement deux heures de cours. J'ai toujours pas pu voir l'agent K. Je ne sais toujours pas où il est.

 

A 13h30 la sonnerie retentit, madame Sous-Chef s'empresse de passer un appel au micro qui fait toudoudoum pour demander aux profs de descendre.

 

Groumpf.

 

Les 4e Shrek sont comme tous les élèves aujourd'hui, dans un état d'excitation improbable. J'arrive à les faire monter en classe, à s'asseoir dans un calme relatif et à commencer un semblant de cours. MAIS :

 

- Comme les Wonderland, personne n'a son matériel.

- Re-photocopies.

- Classe bordélique quand je reviens, parce que le surveillant à qui j'ai demandé de jeter un oeil en mon absence ne l'a pas fait.

- On a bossé un quart d'heure sur cinquante-cinq minutes.

- Alarme incendie à 14h15. On est au deuxième étage, Monsieur Chef nous crie de descendre, j'ai pas fermé les fenêtres... Stress du comptage d'élèves à la sortie de classe, stress du retrouvage d'élèves éparpillés en troupeau dans la cour, stress de l'appel dans le bordel de cinq cents élèves surexcités.

- Evidemment c'était un exercice et il a fallu remonter en cours. Les dix dernières minutes ont été totalement non-productives.

 

A 14h25 je suis essoufflée, fatiguée, j'ai un sérieux coup de chaud. Il fait trente-douze degrés dans ces salles. La 6e Tarzan ne s'est pas remise de l'alerte incendie, ils sont pfff... Ouais comme les autres en fait....

 

A 15h30, enfin je retrouve l'agent K, mais il n'a pas les figurines de Batman.

 

A la récré, en salle des profs ça parle du mec qui a "pourri le web" pour donner une leçon à ses vilains élèves plagiaires. Mes collègues sont en ADMIRATION devant le boulot de ce mec. Moi je trouve ça navrant. La discussion m'agace.

 

Je retrouve un PC et commence à rentrer d'autres notes. Et là je me rends compte.

 

Les notes rentrées entre midi et deux, ce sont des moyennes du PREMIER TRIMESTRE. Et non du DEUXIEME.

 

MAIS AAAAH !

 

On recommence, du début. On rentre toutes les notes, mais :

 

- Il faut recommencer toutes les appréciations qui ne correspondent plus aux nouvelles moyennes.

- "Résultats moyens, mettez-vous au travail" suivi de la note "16,3" c'est bof.

 

A 16h30 j'ai tout corrigé. Mais :

 

- Kévin et Kévin de 6e Tarzan ont une heure de colle à faire. Comme on a aucune heure en commun, où eux seraient en perm et moi en cours ou en pause, je suis obligée de rester une heure de plus...

- Comme plusieurs me l'ont suggéré "pourquoi pas le mercredi apres-midi, comme partout ailleurs ?" Parce que :

 

Argument numéro un : Il y a trop de collés vie scolaire (oublis de carnet, retards, conneries dans la cour ou en perm, etc etc...) le mercredi aprem, on ne peut pas ajouter ceux des profs.

 

Soit.

 

Argument numéro deux : Vous ne serez crédible que si vous gardez vous-même vos collés.

 

Euh, non.

 

Alors on se sacrifie. Soit je reste le jeudi soir, soit je viens le mercredi après-midi pour coller moi-même les élèves.

 

A 17h20 je laisse partir Kévin (un seul est venu).

Il a rempli tous les exercices. Allez ciao, à demain, apprends ta leçon ce soir, moi je vais dormir.

 

Je pourrais partir, en fait, mais :

 

- Me reste encore des bulletins...

- Et des photocopies pour demain.

 

A 17h40, JE M'ARRACHE. Sayonara le collège, je m'en vais. Je ne t'ai que trop vu aujourd'hui. C'est fini, je rentre à ma maison, je vais dodo, fini fini, plus d'élèves, au revoir Kévin, au revoir Jennifer, bisous les collègues. Mais :

 

- A l'arrêt de bus, j'entends un groupe de lycéennes ricaner et dire "hey v'la la pétasse, tu sais la Sheitan, l'autre avec ses cheveux rouges...Elle qui met trop des robes de pute"

- PARDON ?

- Mesdemoiselles, excusez-moi, on se connait ? Vous êtes au collège ?

- Elles explosent de rire, nan on est au lycée.

-Ah. Y a un problème ou bien ?

- Bah quoi ?

- Je sais pas, vous parlez de cheveux rouges, tout ça.

- Vas-y tu crois qu'on parle de toi ?

- Ben, j'ai les cheveux rouges et une robe.

- Vas-y casse toi, elle est folle, elle, trop elle croit qu'on parle d'elle.

- Hmm hmm. Okay ça va.

 

J'ai un bus à prendre, pas de temps à perdre avec ces dindes. A mon avis, elles savent pas que je suis la prof de leur petits frères. Mais :

 

- Pour couronner le tout, trois mecs dans une voiture me klaxonnent, s'arrêtent à ma hauteur, me balancent "t'es trop beeeeeelle mad'moiselle" et insistent pour me parler. Ils bloquent quatre voitures derrière eux.

 

Devant les pintades, devant tous les gens qui attendent le bus, devant mes élèves qui sortent du collège.

 

Mourir.

 

 

 

Je vous passe ensuite :

 

- Les bouchons sur la route qui font que le bus met 1/2 heure à faire ce qu'il fait habituellement en cinq minutes.

- Le RER arrêté en pleine voie pendant un quart d'heure.

- Les coups de sac à dos dans le RER bondé.

- Le deuxième RER raté parce que je suis bloquée par un couple qui copulait dans l'escalator.

- La chaleur de la mort toute la journée.

 

C'est une journée à se réfugier dans le bureau d'Educator pour écouter du Glee. C'est une journée à raconter des saloperies avec Britney-Tout-Sourire l'AVS des enfants sauvages.

 

Mais ils ne sont plus là. Et l'agent K n'est pas du genre à écouter Glee. Ni à devenir mon copain, en fait.

 

Pas grave, je vais les remplacer par un géant Frappucinno mangue-passion et un cinnamon roll au Starbucks de la Grande-Arche.

 

 

...

 

...

 

...

 

MAIS :

 

- Je me fais doubler par une connasse. Dans le genre "excuse-moi, je suis plus belle que toi, je passe devant"

- Ma carte bancaire est refusée lorsque je veux payer.

- Le mec qui prépare les boissons disparait mystérieusement cinq minutes, quand c'est mon tour d'être servie.

 

 

Et encore, on n'était pas mardi...

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Perso + école

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EDUCATOR 29/03/2012 23:33

Mes figurines Batmaaaaaan et Robin!!!!
(trop fort le Toudoudoum!)
je t'adore!