Les erreurs de débutant que je ne reproduirai pas

Publié le par ketamine

Avant de travailler dans des établissements scolaires, j'ai toujours cru que ceux-ci étaient des lieux conviviaux, sympathiques, où régnaient la liberté d'expression, le partage, la culture et la bonne humeur. En tout cas, j'imaginais ça comme un lieu très SAIN.

 

Premier-Bahut, au fin fond de la campagne, à 60km de petites routes de montagne depuis Petite-Ville-de-Province était l'exemple type de l'établissement idéal que je m'imaginais.

Equipe de profs sympas, surveillants motivés et dévoués, travail main dans la main avec la Chef, intendant blagueur marrant, agents agréables... Entraide, soutien, covoiturage et franche rigolade au quotidien, j'y ai passé la meilleure année de stage qu'on puisse imaginer.

 

 

 

Puis les élèves, je ne vous en parle même pas.. 

 

 

 

 

 

Puis je suis arrivée à Jurassic Park et j'ai connu : 

 

- Les guerres de clans. Les insultes. Les bagarres. Les coups bas.... Tout ça en salle des profs.


- L'opposition avec la vie scolaire.


- Les surveillants glandeurs et/ou désagréables.


- La bataille profs vs. Chef.


- Les batailles chefs vs. sous-chefs vs. chefs de départements spéciaux.


- La solitude, le sentiment d'être abandonnée de tous.


- Le sentiment de n'être protégée de rien, de n'être pas soutenue. (je parle bien d'un sentiment, je ne dis pas que ça a été le cas...)


- L'hypocrisie. La fausse modestie. Le recul absolu sur tout. 

 

 

 

Waow.

 

Déjà que le passage de la campagne à la grande ville, de la province à la capitale, d'un milieu ordinaire à un milieu défavorisé c'etait un choc. Alors là, je vous laisse imaginer. 

Parfois le soir quand je rentre, j'ai la haine. Pour ce que j'ai vécu, pour ce qu'Educator a vécu, pour l'absence de réaction des collègues suite aux incidents, j'ai la haine et j'ai presque peur. Et honte aussi. 

 

En ce moment une autre collègue est arrêtée, une gentille dame, d'une cinquantaine d'année, et très expérimentée. Elle en a vu d'autres. Et pourtant personne n'a l'air de s'en inquiéter. 

 

 Mon comportement a changé, je suis de plus en plus méfiante (et de plus en plus détachée de la situation) et ça se voit. Certains collègues, de Jurassic Park mais aussi d'autres établissement commencent à me parler, de ce qu'eux aussi ont vécu, ici ou ailleurs, récemment ou il y a longtemps : Harcèlement moral. Salles ou matériel non adaptés à leur matière. Refus d'écouter ou de prendre en compte leurs besoins. Dénonciations abusives auprès d'inspecteurs. Dénonciations de collègues de la même matière auprès de la direction... Et j'en passe.

 

 

Ouais, donc un bahut, ça peut être extrêmement pourri. Et moi, avec ma toute petite expérience, je prends ça en pleine gueule. Et ouais cocotte, c'est pas le pays des bisounours. Non. C'est violent. C'est chacun pour sa pomme, et si tu te bats pas, on te marche dessus. 

 

 

Exemple : Depuis mon arrêt, collègue de chaises en bois a pris la fâcheuse habitude de venir faire son heure de vie de classe (facultative, donc) dans la salle que j'occupe toute la journée le jeudi. Et donc où j'ai tout mon matériel. Et donc où je fais venir mes punis de 11h à 12h pour quelques menus travaux (quand ils décorent pas la salle d'Eglantine avec des fleurs). Et là, ce collègue il me fout dehors, ramène sa clique d'élève et s'installe. Ok. Déjà, moi je suis aussi prof principal et pourtant je n'ai pas d'heure réservée à la vie de classe, lui oui. Moi je suis obligée de bouffer une heure d'austro-hongrois pour ça, lui non. Bon. Ensuite, la semaine dernière j'ai essayé de négocier un jeudi sur deux dans la salle. Ce à quoi il n'a même pas pris la peine de répondre et a fait entrer ses élèves. Je ne sais même pas s'il m'a entendue, en fait. 

 

Donc, je me retrouve sans salle, obligée d'envoyer mes collés en perm (et certains externes sortent carrément du bahut), mon matos sur les bras, dans le couloir jusqu'à midi (où je replacerai mes affaires pour les cours de l'après-midi)

 

 

C'est carrément CHIANT. Et je crois que je n'ai pas mon mot à dire.

 

Alors je fais une liste, des choses que je ferais ou ne ferais plus à mon arrivée dans mon nouveau bahut l'an prochain. Attention, je ne parle pas de cours ou de rapport aux élèves, je dirais que c'est même la seule chose que je sais faire dans un collège... 

 

- Je demanderai une salle permanente, avec au moins une armoire fermable à clé ou à cadenas, dans la mesure du possible, ou au moins une salle par jour dans laquelle personne d'autre ne viendra.

 

- J'exigerai en tant que professeur de langue, d'avoir un minimum de matériel, si les salles ne sont pas équipées, lecteur cd, rétroprojecteur, et l'accès à la salle informatique. Je refuse d'amener désormais mon propre lecteur ou ordinateur.

 

- Je ne copinerai pas avec les collègues, je n'accorderai plus aussi facilement ma confiance, c'est juste le meilleur moyen d'être trahie, coucou les collègues qui lisent mon blog.

 

- Je ne m'épuiserai pas à la tâche, je délèguerai, je ne me casserai plus en mille pour assurer cours, heures de colles, suivi des élèves, coups de fil aux parents etc etc.. Dans la mesure du possible, je refuserai d'être prof principal tant que je ne m'en sens pas totalement capable. 

 

- Si je suis prof principal, et que d'autres personnes ont un créneau vie de classe aménagé exprès, je demanderai moi aussi ce créneau. Je demanderai de l'aide à la direction si quelque chose me semble difficile.

 

- Sans pour autant être asociale, je ne m'investirai plus à fond dans la vie d'un établissement, sauf si celui-ci en vaut vraiment la peine, je me détacherai des adultes de l'établissement, des problèmes internes, des responsabilités autres que les élèves et leur apprentissage.  

 

- Je resterai discrète quant aux difficultés et aux problèmes rencontrés avec les classes. Les raconter ne m'a servi qu'à être mal jugée, décrédibilisée et prise en pitié. Seul mon chef d'établissement sera au courant, et encore, ça dépendra du chef.

 

- Je m'accorderai des moments de solitude et de calme, loin des tumultes de la salle des profs. Je ne serai membre d'aucun clan, et ne prendrai part à aucune rivalité (puérile).

 

- Je ne jugerai plus personne, je ne gossiperai plus, je ne me permettrai plus d'avoir de préjugés sur qui que ce soit que je ne connais pas. En tout cas avec personne appartenant à l'établissement. Sauf si je rencontre un nouvel Educator. 

 

Voilà, à part la dernière, tout ça me semble facile à tenir. Règle numéro un : me protéger. Si le terrain me semble favorable, m'investir ensuite. Mais pas le contraire. Ne pas oublier qu'il ne s'agit avant tout que d'un emploi.

 

 

Pourtant...  Etre prof c'est toujours beaucoup plus qu'un emploi.... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Perso + école

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G.Maurin 16/03/2012 12:47

Excellent article, je t'accepte dans les clan des #meboufistes : http://www.gmaurin.fr/index.php?post/2011/06/26/Bilan-2011-Ann%C3%A9e-du-menboufisme

Vacataiiireuuh 16/03/2012 08:50

Tu sais, je te lis et je me revois il y a quelques années, mais dans un autre emploi.

J'ai aussi pris ce recul dont tu parles, et ajusté mon attitude face au monde du travail.

J'ai bien peur que ces erreurs de débutants comme tu les nomme, soient des erreurs que l'ont commet dans tout type de travail où on est en relation avec d'autres personnes, et surtout si ces
personnes ont quelque chose à gagner à t'écraser.

Et il n'y a rien de honteux à demander un minimum de moyens pour enseigner correctement.

Cette année, j'ai fait chier gentiment la direction de mon nouveau bahut où j'effectue un remplacement à plein temps sur un poste de coloriage (donc, toutes les classes, je précise tu vas
comprendre)rien que pour obtenir une clé pour entrer les notes informatiquement, et j'ai dit que tant qu'on me la donnerait pas je viendrais les rentrer dans le bureau de la secrétaire.

Après ça, je l'ai obtenue très vite, c'est rigolo hein ? ;)