On fait le bilan, calmement..

Publié le par ketamine

J'avais envie de mettre un titre de chanson, je n'ai rien trouvé d'autre qu'une vieille chanson de rap français qui passait sur Skyrock à la LOINTAINE époque où j'écoutais cette radio (et Difool et sa "radio-libre" tous les soirs de 21h à minuit)

 

MILLE EXCUSES A CEUX QUI ONT CLIQUE SUR LE LIEN.

 

On va faire un bilan, quand même, de cette première semaine.

 

Et là vous n'allez pas me croire.

 

Le bilan est plutôt PO-SI-TIF.

 

Bon accueil des élèves, des collègues, du chef, bonne semaine. Bon, je vais de ce pas changer tous mes articles et renommer Jurassik Park en MagicPetitPoneyland. Ou pas.

 

Ouais on parle quand même de la semaine juste après les vacances, où tout le monde est reposé, calme, énergique et motivé, oui oui, même mes vélociraptors préférés sont plus cools après les vacances. Puis ils redeviennent insupportables la semaine d'après parce que c'est deux semaines après les vacances, jusqu'à la dernière semaine parce que c'est la dernière semaine avant les vacances. Entre temps ils ont été insupportables parce qu'il a plu, il a neigé, il a fait soleil, il y a eu un forcené dans le collège, Kévin s'est fait attendre par une bande rivale à la sortie, Jennifer a revendu des PetShops dans les toilettes, parce que le prof de Triangle-et-théorèmes, ce psychopathe, a étouffé Charles-Apollon avec sa doudoune....


Bilan positif mais ne nous emballons pas, le vent tourne vite à Jurassic Park.

 

En ce qui concerne ma petite personne, je ne sais pas si c'est l'arrivée du printemps, le rallongement des jours, le long repos de trois mois ou les effets de mon ami le Séroplex, mais je vais bien. Je suis bizarrement enthousiaste à l'idée de travailler, et euphorique aussi. Energique et motivée. J'ai confiance en moi (non, en les autres, c'est pas encore gagné). C'est louche tout ça. Mais à la limite, profitons-en tant que ça dure.

 

J'ai quand même fait un rapport d'incident, vendredi matin. J'étais fatiguée, j'étais allée faire la fofolle chez des amis à l'autre bout de la Capitale et j'avais dormi trois heures seulement, mais quand même, Moïse s'est sacrément mal tenu, le petit sacripan.

 

Moïse est célèbre ici, si vous ne le connaissez pas encore, c'est un de mes enfants terribles. 

 

Moïse a douze ans, une gueule d'ange et de grosses lunettes. La première fois qu'on le voit on a envie de le mettre au premier rang et de le protéger de toute cette jungle hostile qu'est la salle de classe de la 6e Tarzan. Moïse a vécu dans un autre quartier avant, alors on le sentait un peu perdu au début, on s'en est bien occupé. Mais Moïse se fout de ma (notre) gueule. Moïse se prend pour le roi du monde. Moïse affiche sans cesse un petit sourire moqueur lorsqu'on lui dit quelque chose. Moïse, on dirait qu'il ne sait pas ce qu'il vient faire en cours. 

 

Sauf qu'avant, Moïse était encore supportable. Mais là, je sais pas, la puberté, l'adolescence, tout ça, Moïse, petit compsognathus (agressif mais pas trop dangereux) en décembre s'est transformé en T-Rex affamé et destructeur à mon retour en mars. 

 

Vendredi matin, quatrième et dernière heure d'austro-hongrois de la semaine pour les 6e Tarzan, les trois premières se sont passées à peu près sans encombre (à l'exception de l'exclusion de Kévin qui préférait insulter Jennifer en lui criant des "SALE PUTE DE LA CHATTE A TA MERE"  plutôt que d'écrire s'il aimait mieux les bananes ou les tomates en austro-hongrois) mais Moïse a fait chier. Il s'est levé plusieurs fois, ce pourquoi je lui ai demandé : 

 

- Moïse, aurais-tu l'obligation, je te prie, de retourner t'asseoir, s'il te plait, je te remercie d'avance ?

puis

- Moïse, tu veux bien t'asseoir s'il te plait ?

puis

- Moïse ? Qu'est ce que je viens de te demander, déjà deux fois ? Oui de t'asseoir c'est celà, tu le fais maintenant ?

puis

- Moïse, assieds-toi S'IL TE PLAIT

puis

- MOISE ! Tu t'assois maintenant, ça suffit !

puis

- MOISE, ASSIS  ! 

 

(oui, je vous l'accorde c'était pas hyper poli, et Moïse n'est pas un chien, et puis ça faisait juste cinq fois !)

 

Ce à quoi il a répondu : 

 

- Arrête de crier tu me fais mal à la tête.

- Je crie si je veux. Tu n'as qu'à obéir.

- Vas-y tu me saoules, tu fais trop ta chef là.

- Moïse, ne me tutoie pas ou tu vas être exclu.

- Tu fais trop la meuf qui donne des ordres et tout. (j'aime cette phrase)

- Exclu. (et vas-y que je te remplis le papier d'exclusion et que je sors un rapport...)

- De toute façon, on a pas besoin d'austro-hongrois, c'est de la merde.

 

Et il est sorti. Sans accompagnateur, sans billet d'exclusion. Bye bye Moïse, je vais pas te courir après, j'envoie Jennifer prévenir Educateuse que tu es exclu/sorti/quelquepart dans le collège.

 

Bon, on en était où nous ?

 

Oh ben ça alors, je suis même pas énervée. MAGIE. Thank you mister Séroplex, grâce à toi je garde mon calme en toute occasion *sourire publicitaire*. 

 

"On a pas besoin d'Austro-hongrois". Que répondre à ça, sérieusement ? Ben non, c'est vrai que tous les jours pour faire ses courses, on n'en a pas vraiment besoin. On a pas besoin non plus de Triangle-et-additions, ni de Chimie-Nucléaire, ni de Bataille-Navale. On s'en sort très bien sans connaître sa table de neuf (oui, ça sent le vécu...) et de toute façon j'ai aussi une calculette sur mon IPomme 4. Et Napoléon, il est mort depuis plus d'un siècle. 

Essaie de faire comprendre l'intérêt de l'école à un élève comme Moïse. Y en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes. Sincèrement, je m'y suis cassée les dents plusieurs fois.

 

Et puis si peut-être qu'il suit la logique d'un charmant monsieur-sur-Twitter qui affirme que "Les paroles de chanson et Twitter m'ont plus appris que tous mes cours d'anglais.

 

Mouais. Pour le vocabulaire, je n'en doute pas. Le fait étant qu'on ne peut pas apprendre TOUT le vocabulaire d'une langue en cours, déjà qu'on ne peut pas l'apprendre entièrement en vivant à l'étranger. La deuxième chose étant aussi que les cours de langue en milieu scolaire, ok, sont loins d'être très efficaces, mais sont surtout là pour donner des BASES. Je ne suis pas sûre, Monsieur-sur-Twitter, que tu aurais pu comprendre à l'oreille des paroles de chansons si ton prof ne t'avais pas donné les bases de la prononciation de la langue au collège. Je ne suis pas sûre que tu aurais pu comprendre les tweets qui t'ont si bien appris l'anglais si tu n'avais pas appris quelques verbes irréguliers, quelques pronoms et déterminants à l'école, si tu n'avais pas revu pour la énième fois les règles du prétérit et du present perfect au lycée.

 

On est d'accords, la manière dont sont enseignées les langues n'est pas idéale, notamment au lycée où l'on fait souvent des études de texte et un tas de trucs un peu trop culturo-littéraires pas toujours très utiles pour se débrouiller ensuite. (Je pense même qu'on en apprend plus au collège entre la 6e et la 3e qu'au lycée...)

 

Mais donnez-moi une classe de 10 élèves, une dizaine d'heures par semaine avec chaque classe, un accès illimité à des documents authentiques, du matériel, des journaux en austro-hongrois et des chaines de TV, des programmes officiels qui tiennent debout, je ferais déjà mieux. Puis si chacun de mes élèves pouvait aussi passer, aux frais de l'école, six mois dans un pays austro-hongroiphone, je pense qu'on pourrait arriver à un résultat à peu près correct en fin de terminale. 


EVIDEMMENT qu'une langue ça se travaille en dehors, et que Monsieur-sur-Twitter ait l'impression de faire des progrès en étant régulièrement en contact avec une langue authentique n'a rien d'extraordinaire.

Sans dec', on est pas Dieu non plus.. Explique-moi comment, à coup de trois heures par semaine sans matériel, je peux en faire des bilingues, moi ? 

 

 

 

 

 

 

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Camille 22/03/2012 18:59

J'ai cliqué sur ton lien, et je me souviens fort bien de cette chanson, mon instit de CM2 nous avait fait faire un "spectacle" en rollers dessus. Voilà voilà.

Bon, quant au contenu de l'article, je dois admettre que je donne raison au monsieur sur Twitter... Dans une certaine mesure. Moi aussi je raconte toujours que l'école ne m'a rien appris en
anglais. En réalité, j'ai eu en 6ème et 5ème un prof hyper flippant. Un sexagénaire un peu bourge et super autoritaire, qui faisait flipper tout le monde et nous donnait trois pages d'anglais à
apprendre par coeur la veille pour le lendemain. J'étais pas dans un collège facile, on avait aussi nos Jennifer, nos Kévin et nos Dylan, sûrement en plus petite quantité, mais ça rendait quand
même fous pas mal de profs. Mais pas ce prof-là. Il était la rigueur absolue, il ne craignait aucun sale gosse, et tout le monde le haïssait. Une de mes amies qui habitait un peu loin du collège
arrivait parfois 5 minutes en retard, et quand ça arrivait elle fondait en larmes devant la porte de la classe, n'osant pas frapper de peur que le prof l'humilie devant les autres ou la punisse. Un
type vraiment effrayant. Mais il m'a donné des bases irréprochables. Pendant deux ans j'ai tout absorbé, et dès que je suis arrivée en 4ème, l'école a cessé de servir à mon niveau d'anglais. Je me
souviens précisément du seul truc que j'ai appris en anglais en 4ème et 3ème : c'est moche de mettre du futur après "when", il ne faut pas dire "when I'll be older" mais "when I'm older". C'est le
seul truc, après j'ai plus rien appris avant d'entrer à la fac. Je dis pas que la bonne méthode d'enseignement c'est d'être sadique avec ses élèves, malheureusement quand t'as zéro moyens c'est
compliqué de faire autrement... Toutes les langues sont plus faciles à apprendre de façon ludique. Si les petits français sont des tanches en anglais c'est pas (ou pas totalement) à cause des
profs, il est objectivement impossible que t'arrives à les intéresser avec les moyens qui te sont donnés (= aucun). Si ça peut te rassurer, au collège et au lycée nos profs aussi ramenaient leurs
propres postes pour nous passer des documents audio. Parce qu'il y en avait 1 ou 2 pour tout l'établissement, soit respectivement 500 et 2000 élèves.
Je me doute que c'est pas évident, quand tu es prof et que tu as par définition envie d'enseigner, de s'admettre impuissante. Mais t'as pas à porter tout le poids du système bancal sur les épaules.
Si t'as quelques bons élèves qui veulent bosser, fais avec eux, arrête de t'acharner auprès des autres. Et tiens bon, t'en as plus pour longtemps.

BBK.mel 12/03/2012 18:50

Un de mes collègues, prof de calculette, a eu une jolie phrase pour répondre à une gamine qui lui disait que de toute façon, les maths ça sert à rien : "Les maths, c'est comme l'amour, Jennifer, ça
ne sert à rien. Et pourtant, on ne peut pas s'en passer!"
Ça n'a pas forcément convaincu la gamine, mais ça a eu l'avantage de la laisser coite un moment.