Culture préhistorique.

Publié le par ketamine


Ca fait combien de temps que c'est fini les vacances ? Dix semaines, un truc comme ça ? Quoi, une et demie (et encore avec les jours fériés elles étaient courtes) ? Ah. 


Je suis complètement lessivée. Ca y est, pour le Kévin et la Jennifer de Jurassic Park on est en vacances. Démobilisation complète des troupes (mes condoléances aux collègues de poésie maltaise bientôt inspectés), ambiance over-merdique (comme d'habitude, mais en pire) avec prises de bec multiples entres adultes du collège. J'ai beau me dire "courage, plus que deux mois, plus que deux mois" qu'est ce que c'est long...

 

En tout cas ce matin, c'était sortie théâtre. Oh yeah. C'est qu'on essaie malgré tout de les culturer, les petits. Et y a du boulot. 

 

On a la chance d'avoir un théâtre avec une programmation plutôt sympa à deux pas du collège. Mais même une sortie de deux pas, c'est difficile. En plus on y est allé avec la 6e Tarzan qui est sûrement la classe la plus immature du collège. Plus ça va, plus ils régressent. Les rassembler dans le hall avant une sortie tient du calvaire.

 

Jennifer n'a pas envie, au lieu d'attendre dans le hall comme les autres, elle se cache pendant qu'on les compte, donc évidemment il en manque toujours un. 

 

Kévin et Kévin s'échappent à droite et à gauche.

 

Jennifer part avec une autre classe. 

 

Kévin se bat avec Dylan, qui n'est pas de la classe mais qui est venu foutre la merde.

 

La petite prof de biélorusse et moi on se sent un peu comme des bergers essayant de rassembler leurs moutons sans chien... 

 

Le trajet, oh mon dieu. Le théâtre est à, allez, dix minutes à pieds en marchant à une allure normale. Trente minutes avec la 6e Tarzan. 


Le collègien de Jurassic Park en sortie traine. 

Je ne sais pas comment l'expliquer. Il marche lentement, s'arrête au moindre banc, rebord de fenêtre, muret pour s'asseoir. Il croise une connaissance tous les dix mètres, facteur, agent de police et boulangère y compris, et s'arrête pour dire bonjour. Il essaie toujours d'être cinquante mètre en arrière par rapport au rang pour ne pas être "comme les autres", sauf que tout le rang fait ça... Il fait tout pour faire style qu'il ne fait pas partie d'une classe, et sort même parfois une clope... 

 

La prof de poésie est à l'avant, et moi je pousse tout le monde à l'arrière. Surtout Jennifer qui traine la patte avec son gros sac.


- Jennifer, avance.

- Jennifer, devant moi.

- Jennifer, grouille-toi un peu.

- JENNIFER TU ES TROP LOIN !

....

 

A mi-trajet, un rayon de soleil attaque, je dégaine aussitôt ma paire de Wayfarer vintage (mes petits yeux clairs ne supportant pas le moindre rayon, et c'est aussi pour dire que j'ai une paire de Wayfarer vintage).

 

- Elles sont moches vos lunettes, madame.

 

Kévin me sort ça comme ça, nature-peinture. Ouais ils sont comme ça, tout ce qu'ils pensent sort immédiatement de leurs bouches. L'anecdote des lunettes, c'est un détail (mais c'est quand même vachement vexant hein) mais ça sera pire au théâtre.

 

Le collégien de Jurassic park n'est pas patient. Arrivés au théâtre, un ouvreur fait entrer les groupes un par un, les accueille par un petit speech sur la pièce qu'ils vont voir et leur indique les règles à suivre dans le théâtre (pas manger, chewing gum, portables..). On attend une dizaine de minutes, ça rale. Et quand est ce qu'on rentre, ils nous font chier, j'ai mal aux pieds, j'suis fatigué...

 

Une fois dans la salle, ben faut attendre les autres classes, que tout le monde soit installé. Ca re-rale, mais on se fait chier, quand est ce que ça commence, et machin, et truc...

 

Et puis ça commence, ouverture. Salle plongée dans le noir, bruit de vent. Cris. 

 

Sauf que non, les cris ne font pas partie du spectacle. Mais simplement, nos Kévin, dans le noir se sont mis à crier en pensant qu'on ne les reconnaitrait pas. Et là j'imagine déjà ce qu'on va dire de nous à la sortie, j'ai envie de m'enfoncer dans mon siège et de disparaître. 

 

Ils feront ça entre chaque scène, dès qu'il y aura le noir et le vent. Malgré mes menaces (et exécutions) d'heures de colle et de punitions.

 

Et puis ils n'arrêtent pas de faire des commentaires, tout au long de la pièce.

 

- C'est quoi ça ? (un élément de décor qui apparaît), y a quoi dedans ?

- C'est qui ? (un personnage apparaît et n'a pas eu le temps d'ouvrir la bouche)

- Elle est moche sa robe ! (hmm c'est vrai que...bon...)

- HAHAHAHAHAHA (Explosion de rire pour un oui ou un non, surtout lorsque la scène n'est pas drôle)

- MAIS C'EST PAS DROLE CE TRUC ! (disparaître, vite, VITE)

- MAIS TA GUEULE TOI. (Le principe du "je fais encore plus de bruit en disant à l'autre de ne pas faire de bruit")

- Mais, ILS FONT QUOI LA ?

 

Bon. C'est vrai que la pièce n'est pas très bonne, mais la honte quoi. J'ai fait du théâtre, je sais que tout ce qui se dit dans la salle, audible dans la salle, l'est aussi sur la scène. J'avais frôlé le fou-rire quand, jeune lycéenne jouant alors une Antigone grave et désespérée, une vieille dame s'était exclamée en pleine représentation (en admiration devant ma crinière bouclée) : "Oh mais comme elle a de beaux cheveux !"

 

La méga-honte les mômes. 

 

La pièce est un spectacle jeune public, mais elle aborde en demi-teinte des sujets graves comme l'inceste, le viol, la "guerre sale" en Argentine, les enlèvements d'enfants, et traîte de la thématique difficile de la religion et du péché. Et nos dinosaures qui ne comprennent rien de rire, de parler, de s'exclamer. Et moi de vouloir mourir un peu plus chaque seconde...

 

A la fin, les comédiens viennent saluer, une fois, les élèves applaudissent mollement, personne n'est vraiment emballé, pas de rappel. 

 

Ils refuseront même la discussion initialement prévue avec nos classes, d'un côté ça m'arrange, je n'ai qu'une envie c'est de les ramener vite fait au collège et de ne plus les voir de la journée. 

Merci, oui monsieur le directeur du théâtre, à très bientôt c'est toujours un plaisir d'emmener les élèves au théâtre, merci au rev...

- C'était à chier, madame ! 

(Je. Euh. Non. Fuir.)


En sortant, je remarque qu'il y a plein de classes très jeunes, CE2-CM1 tout au plus, et eux je ne les ai pas entendus pendant la représentation. Les merdeux ce sont mes 6e.

La collègue me raconte comment les 3e ont été encore pires la dernière fois. Et là, je ne comprends pas qu'on ne soit pas blacklistés des théâtres de la région. Ca doit être abominable de jouer devant eux.

Génération TV qui zappe, génération télé-réalité qui critique et se moque en direct ou génération de petits cons ? Je ne sais pas, et je ne veux pas faire ma vieille conne à penser des trucs comme ça. En tout cas, ils font partie de la génération multimédia et si le spectacle avait été interactif, ils auraient assuré ! 

 

Objectif de la fin d'année : Leur apprendre à être moins spontanés et à réfléchir avant de parler. Je pense que ça m'occupera bien deux mois... 

 

Echec critique de la sortie théâtre. Heureusement c'était la dernière.

 

Sinon, une anecdote rapide à propos d'Eglantine. 

Cet après-midi, à la fin d'un cours, je tape la causette à Gentil Surveillant dans le couloir devant la salle 666. Et là, un élève sort de la salle d'Eglantine en courant et s'enfuit dans le couloir.

 

Eglantine sort juste après, escargots sous le bras et hurle :

- KEVIN ! REVIENS ICI BORDEL DE MERDE, VA RANGER TON ESCARGOT ! PUTAIN C'EST PAS POSSIBLE CES MOMES ! 

 

Surveillant et moi restons bouche bée. 

 

Et là Eglantine se tourne, nous voit, et du rouge (de colère) elle passe au rose bonbon fleuri. Elle sourit, et nous dit de sa petite voix chantante habituelle :

 

- *fleurs fleurs fleurs* Hihi, c'est pas des gentils, ils ne rangent pas leurs escargots, hihihi. *fleurs fleurs bambi oiseau fleur* 


Et elle est rentrée comme si de rien n'était dans sa salle.

 

Cette fille n'est pas humaine. Vraiment pas.

 

 

Publié dans école

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Axel 13/05/2012 19:14

Ah, les spectacles "jeune public" scolaire ! Déjà lorsque j'étais élève, il y avait de quoi avoir honte (et nous n'avions rien à voir avec les élèves d'aujourd'hui pourtant). Une fois de l'autre
côté, une seule représentation a suffi : Plus jamais, jamais !

Les sorties théâtre, c'est le soir avec le public adulte. Les élèves ne viennent pas tous, et d'un, et les rares qui osent se conduire comme des garnements mal élevés se font aussitôt reprendre par
les voisins, et de deux.

Pour collège au cinéma, pas encore trouvé la parade, même en collant les Kevin qui se croient protégés par l'obscurité...

PascaleLC 11/05/2012 19:27

J'hésite entre le fou rire et la consternation.
Tu es sûre que tu ne va pas les regretter ? Tu vas t'ennuyer à mourir l'an prochain dans un collègue "normal." Non ? ;)